Noé, coulé ou non ?

Pour la énième fois, la légende (catholiques, jetez vos premières pierres) de Noé se voit être adaptée au cinéma. Après une interprétation parodique dans Bruce Tout-Puissant, le héros biblique est représenté comme un héros plein de testostérone tenu par le très masculin Rusell Crowe bravant le déluge sur cette affiche. De pastiche, il semble que nous passions à un blockbuster musclé encore plus loin de l'histoire de base. Pourtant, comme nous allons le voir, Noé possède ses qualités... autant que ses défauts.

Noé, coulé ou non ? Noé, coulé ou non ?

Si Noé joue parfois sur une certaine débauche de moyens lors de scènes de batailles, de mouvements de foule ou de déluge, il possède aussi une esthétique plus simple et à belle à plusieurs reprises, mais parfois trop simple. Certains effets spéciaux semblent ainsi sortir tout droit des années 90'. Cette simplicité correspond cependant parfaitement à la simplicité des personnages principaux qui constituent l'humble famille de Noé. Au-delà de l'étalage de moyens aussi, le réalisateur trouve un sens plus profond. En effet, les phénomènes de foule, la vague immense finissant d'engloutir la terre ferme, apparaissent plus comme des éléments dérangeants, perturbants pour le spectateur qui au lieu de voir l'incroyable de ce qui se déroule sur l'écran, entrevoit plutôt l'horreur de cette apocalypse, de voir l'humanité s'éteindre. D'autant que Aronofsky ne montre pas uniquement l'extinction de l'Homme par Dieu mais aussi par lui-même. Il retranscrit ainsi des scènes violentes de cannibalisme dans lesquels les humains, poussés dans leur derniers retranchements, sont près à s’entre-tuer pour un morceau de viande, à laisser pourrir leur semblable dans des fosses et finalement à terminer de sacrifier l'humanité par un dernier acte de monstruosité. Le réalisateur montre ainsi que l'homme n'a nullement besoin de l'intervention divine, même quand il s'agit de s'éteindre. Dieu, sans être remis en cause puisque le monde de Noé est un monde dans lequel l'existence du Seigneur est avérée, est questionné au travers de deux visions, celle du héros et celle du roi. L'un considère que l'homme a déçu Dieu et mérite de mourir tandis que l'autre considère que Dieu est à l'origine de la destruction de la terre par l'homme puisque ce dernier à été créé à son image. Nous avons ainsi un personnage quasiment extrémiste face à un personnage qui se rapproche d'une vision athée ou du moins qui questionne la religion. Le film n'est donc pas une oeuvre cléricale comme on aurait pu l'attendre mais pas non plus un pamphlet anticlérical. Aronofsky a été capable de transposer un certain équilibre dans son oeuvre, voilà ce qui lui donne des points.

Malgré tout, Noé marche parfois avec ses gros sabots de blockbuster. Noé est très masculin, c'est un homme fort, lourd, imposant. La figure masculine est d'ailleurs très exploitée pour laisser une faible part aux figures féminines. Le film regorge donc parfois trop de testostérone qui le fait osciller entre film de guerre et film apocalyptique. Le réalisateur en oublie alors l'intérêt de traiter un tel sujet pour se concentrer sur des scènes toutes plus imposantes les unes que les autres qui donnent de la lourdeur à cette oeuvre connotée de simplicité.

Finalement, Noé n'est pas assez profond pour être un bon film mais n'est pas non plus assez blockbusteresque pour être qualifié de mauvais. C'est un film travaillé comme bâclé qui est peut-être trop long, parfois trop mélodramatique et trop prévisible mais qui peut donner matière à réflexion à qui se donne la peine de voir entre les plans.

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